Peinture : Explorer les territoires abstraits


La peinture est un voyage.
Ici, on retrouve la mer de Bretagne, les vastes étendues salines à marée basse, les heures où les nuages et la terre se confondent. On avance vers des ciels ou la pluie et le soleil se mêlent de bas en haut, de haut en bas, des vents humides, des landes balayées par les saisons. On découvre des jours où il fait nuit et d'interminables crépuscules d'été.

Il y a des falaises caillouteuses arrachées à la montagne corse, des eaux turquoises et froides volées aux mers scandinaves. Les villes mirages du nord dans lesquelles j'ai vécu, des villes de sable inventées dans le Sahara, et tant et tant de cités irréelles, souvenirs imaginaires.

 

Parfois même il y a des personnages, ces silhouettes indistinctes, perdues, ni hommes ni femmes qui composent un peuple sans visage. Ils nous observent, nous invitent à sonder leurs formes silencieuses, à entendre leur musique immobile.

Les paysages, quant à eux, respirent le vide exaltant que l'on ressent face à l'immensité. Un sentiment de perte, d'oubli de soi-même devant la force des éléments.
Jamais peints sur le motif, jamais inspirés d'un lieu, mais plutôt investis de l'idée du lieu, ces paysages-là ne sont pas tout à fait d'ici. Ni de là-bas non plus, d'ailleurs. 
Ce sont des paysages perdus, des villes pas encore inventées, des plaines oubliées avant même d'avoir été parcourues, un pays de songes et de couleurs, un monde pictural tout juste né à la lumière par la grâce de la peinture sur la toile.

 

Et tout cela, tout doucement, a semblé glisser dans l'abstrait comme on se coule dans un rêve. Ce sont mes voyages en peinture,  mes paysages abstraits. Ici, le chemin est libre et chacun peut parcourir ces lieux comme il l'entend, voir dans ces peintures ce qu'il veut. Cette liberté, c'est la promesse de l'abstraction. 

La toile n'est plus seulement un objet. Elle est un lieu, un espace à explorer, à la fois familier et inconnu.
 

Photographie : un étrange voyage

 

La photographie est une façon de raconter des histoires imaginaires à partir d'images réelles. À moins que ce soit l'outil qui nous permette de voir ce qu'il y a d'étrange, d'inconfortable ou de poétique dans le monde concret dans lequel nous vivons. 

Ma photographie est une déambulation. Quand le regard se pose sur une chose, il ne rend pas de cette chose une vision conforme à ce que nous croyons savoir d'elle. Je parcours ainsi l'étrangeté familière de vastes paysages. Mais aussi la nuit, la ville transfigurée par la modification des ombres et des lumières, la rue et ses fictions. 

Avec le noir et blanc, il me semble réinventer les lieux capturés en image. Ils ne sont plus tout à fait ceux que l'appareil photo a saisis. Ils prennent une autre dimension, racontent autre chose, ils écrivent un roman. Les personnes deviennent des personnages, abandonnent leur identité pour une autre, imaginaire.

En couleur, je m'attache à réinventer des personnages, des voyages, en composant, par exemple, des photographies complexes qui mêlent plusieurs images jusqu'à obtenir une forme picturale plus proche de l'imaginaire que du réel.

Il y a un lien étroit entre la façon dont je photographie en couleur et ma peinture : l'eau, la terre, la ville, et toujours ces personnages irréels, les thèmes sont identiques. Mais regardés d'une façon différente, à l'envers, troublée, dans le reflet des choses, ou remixée avec des matières, des textures. En couleur non plus la photographie n'a pas envie de donner à voir une représentation tout à fait fidèle du monde réel. 

 


Hélène Zenatti